Un povero come tanti

Milano, 8 di mattina, sul tram si sale e si scende solo sgomitando.
Un uomo senza gambe striscia in mezzo alla gente, con un barattolo in mano: qualche moneta già dentro, ne chiede altre.

“No! Vattene!” – una signora si infastidisce
“Ma io sono povero…”
“Poveri ce ne sono tanti… Non mi devi toccare!”.

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Écotourisme parisien

024Une entreprise de traitement d’eau fluviale s’installe à Paris. Le projet : purifier et embouteiller toute la masse hydrique de la Seine. Le but : vendre à l’étranger les bouteilles d’eau parisienne à des prix exorbitants.
Les parisiens accepteront-ils le barrage et le vidage de leur fleuve légendaire ? L’entreprise entend destiner une partie des bénéfices à l’intérêt général. D’abord elle promet d’élargir les surfaces habitées. Adieu les appartements minuscules. Tout le monde aura plus de place pour soi sans que cela se traduise dans moins de place pour les autres. Ensuite elle annonce la suppression des heures de pointe. Adieu les embouteillages et les boîtes à sardines. Les habitants pourront se réunir en famille après le travail sans devenir des obstacles les uns pour les autres. Enfin, l’entreprise promet le contrôle météorologique. Adieu les grisailles et les pluies. Désormais celles-ci se feront par référendum, à la demande des grands réalisateurs. Comme le succès de la marque dépend du prestige de Paris, l’entreprise encourage les séjours touristiques et la mise en valeur de la personnalité de la capitale. D’abord seront repérés les traits de la vie parisienne qui font sensation à l’étrager. Ensuite des initiatives seront mises en place pour accentuer et pour généraliser ces aspects de la ville. Lassée des mesquineries des politiciens, la population ne peut que succomber pleine d’enthousiasme à ce programme ambitieux et porteur d’avenir. Les différentes initiatives du projet entrent en phase d’exécution.
Cependant, la classe politique conspire contre le projet. Des experts scientifiques rendent insignifiantes les promesses de l’entreprise. En réalité, l’élargissement des appartements sera deux fois plus grand, affirment-ils, les déplacements en heure de pointe se feront par télétransport, même les nuits seront supprimées pour mieux profiter de la splendeur permanente. Perplexe, la population se divise alors en deux camps. Progressivement, la classe politique finit par l’emporter. Le programme de l’entreprise est d’abord interrompu, ensuite abandoné.
Des promesses des politiciens rien ne reste aujourd’hui. Quant à l’entreprise, en revanche, on retrouve les traces des initiatives avortées dans les ruelles du Quartier Latin, aux allentours du Sacré Cœur et dans le style hautain de certains garçons de café.

***

Un’azienda di trattamento delle acque fluviali apre una filiale a Parigi. Il progetto: purificare e imbottigliare tutta la massa idrica della Senna. L’obiettivo: vendere all’estero le bottiglie d’acqua parigina a dei prezzi esorbitanti.
I parigini accetteranno la chiusura e lo svuotamento del loro fiume leggendario? L’azienda intende destinare una parte dei guadagni all’interesse generale. Anzitutto, promette di ampliare le superfici abitate. Addio agli agli appartamenti minuscoli. Tutti avranno più spazio per sé, senza che questo si traduca in meno spazio per gli altri. Inoltre, l’azienda annuncia la soppressione delle ore di punta. Addio agli ingorghi e alle scatolette di sardine. Gli abitanti potranno stare in famiglia dopo il lavoro senza diventare degli ostacoli gli uni per gli altri. Infine, l’azienda promette il controllo metereologico. Addio ai cieli grigi e alle piogge. Oramai queste ultime si faranno per referendum, su domanda dei grandi registi. Poiché il successo del marchio dipende dal prestigio di Parigi, l’azienda incoraggia i soggiorni turistici e la messa in valore della personalità della capitale. Anzitutto saranno identificati i tratti della vita parigini che fanno sensazione all’estero. In seguito, verranno organizzate delle iniziative per accentuare e per generalizzare questi aspetti della città. Stanca delle meschinità dei politici, la popolazione non può che soccombere piena di entusiasmo a questo programma ambizioso e portatore di avvenire. Le diverse iniziative del progetto entrano nella fase esecutiva. Tuttavia, la classe politica cospira contro il progetto. Alcuni esperti scientifici rendono insignificanti le promesse dell’azienda. In realtà, l’allargamento degli appartamenti sarà due volte maggiore, affermano, gli spostamenti all’ora di punta si faranno per teletrasporto, anche le notti saranno eliminate per godere meglio dello splendore permanente. Perplessa, la popolazione si divide allora in due campi. Progressivamente, la classe politica finisce per avere la meglio. Il programma dell’azienda è prima interrotto, poi abbandonato.
Delle promesse dei politici oggi non resta più niente. Quanto all’azienda, invece, si vedono ancora le tracce delle iniziative abortite nelle viuzze del Quartiere Latino, nei pressi del Sacro Cuore e nello stile altezzoso dei camerieri.

Martin

Vicissitudes du multiculturalisme

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Ce sont les autres qui ont une intonation, pas moi.
Je quitte le village et m’installe en ville. Les citadins me disent la même chose: c’est moi qui ai une intonation, alors qu’eux, ils n’en ont pas.
J’apprends leur intonation pour éviter les moqueries. Quelque temps plus tard, les citadins me disent que l’intonation des natifs de mon village était bien jolie. Pour mériter leurs éloges, je la réapprends.
Finalement, j’ai bien une intonation, une intonation respectée. Eux, ils respectent mon intonation, mais ils continuent à penser qu’ils n’en ont pas.

***

Vicissitudini del multiculturalismo

Sono gli altri che hanno l’accento, io no.
Lascio il paesino e mi trasferisco in città. Gli abitanti della città mi dicono la stessa cosa: sono io che ho l’accento, mentre loro, non ne hanno. Imparo la loro parlata per evitare le prese in giro.
Qualche tempo dopo, i cittadini mi dicono che l’accento di chi è originario del mio paesino era molto bello. Per meritare gli elogi, lo re-imparo. Alla fine, ho un accento, un accento rispettato. Loro, rispettano il mio accento, ma continuano a pensare di non averne

Martin

Fotografia: Gegio

Science is open

The history of social forms is a succession of modes of production including capitalism relies on a particular spirit made of beliefs and ways of acting are essential to religion while gatherings renew collective consciousness is not required by the habitus in order to guide action that takes place in situations of copresence imposes obligations to the actor networks associate objects and persons are defined by the me and the I don’t really see the point in sociology

Martin

Just married

He wanted to get married. She too. He had seen so many friends get divorced. She too. He repudiated that. She too.
The solution was to avoid living in the same appartment. Instead, they would remain adjacent neighbors in their beautiful parisian building.
Several years after marriage, their formula proves a success. The idea of getting divorced has never come to their mind. The idea of having a conversation either.

Martin

Soigner sa réputation

En considérant les accusations d’intolérance de la presse occidentale, le gouvernement du Tsar résout :
Autoriser les défilés nudistes, dans la voie publique, (a) des homosexuels ; (b) des étrangers ; et – sous réserve de confirmation – (c) des intellectuels.
Les défilés se dérouleront en toute liberté, en nombre illimité, durant la période exclusive entre les mois de décembre et de février de chaque année.

***

Curare la propria reputazione

Considerate le accuse d’intolleranza della stampa occidentale, il governo dello Zar delibera :
autorizzare le sfilate nudiste, sulla pubblica via, (a) degli omosessuali; (b) degli stranieri; e – su riserva di conferma – (c) degli intellettuali.
Le sfilate si svolgeranno in tutta liberà, in numero illimitato, esclusivamente durante il periodo compreso tra i mesi di dicembre e febbraio di ogni anno.

Martin

Vicissitudes de l’expérimentation

L’artifice mondialement reconnu de la gastronomie expérimentale sort de la cuisine du restaurant et sans la moindre gêne dit à ses clients milliardaires, qui l’attendent à table, qu’il les estime de mauvais goût, des gens sans palais, en un mot, indignes du plat sublime que ses mains inspirées viennent de faire naître, et que pour cette raison il s’est senti non seulement en droit, mais surtout dans l’obligation, de le déguster dans la solitude absolue de son excellence gustative. Le cuisinier confirme ainsi sa réputation de génie caractériel. En réalité, il vient de jeter à la poubelle encore une expérience ratée.
***
Vicissitudini della sperimentazione
L’artefice della gastronomia sperimentale, riconosciuto a livello mondiale, esce dalla cucina del ristorante e senza il minimo imbarazzo dice ai propri clienti miliardari, che l’aspettano seduti al tavolo, che li reputa delle persone di cattivo gusto, senza palato, in una parola, indegne del piatto sublime che le sue mani ispirate hanno appena generato, e che pertanto si è sentito non solo in diritto, ma addirittura in obbligo di gustarlo nella solitudine assoluta della sua eccellenza gustativa. Il cuoco conferma così la sua reputazione di genio caratteriale. In realtà, ha appena gettato nell’immondizia un altro esperimento fallito.
Martin

Grattacapo anagrafico

“Tu sais, j’ai choisi cette maison de retraite car j’ai une amie qui est là aussi… moi, j’habite au cinquième et elle, elle habite au troisième!”
“Et vous avez le même âge?”
“Bah… quand on était jeunes, on avait le même âge. Mais là, elle est en voiture, tandis que moi, je marche encore… alors je dirais que non, on n’a pas le même âge”.

***

“Sai, ho scelto questa casa di riposto perché ho un’amica qui… io abito al quinto piano e lei al terzo!”
“E avete la stessa età?”
“Beh… quando eravamo giovani avevamo la stessa età. Ma adesso, lei sta in carrozzina, mentre io cammino ancora… allora direi che no, non abbiamo la stessa età”.

Arianna

 

L’introversion di Victor

pour Vivien

Tout le monde aimait Victor, tout le monde sauf lui-même. Il était un introverti. Sa vie intérieure brûlait sans cesse, mais il se trouvait tiède dans son rapport au monde. Ses déterminations étaient des velléités ; ses projets des suggestions qu’il était libre de décliner – et il les déclinait souvent. Cette introversion qui le détachait du monde Victor l’attribuait à sa calvitie de naissance : jamais des cheveux n’avaient poussé sur sa tête. Il croyait toute son existence conditionnée par ce fait, à ses yeux un désavantage majeur dans la vie sociale et par là dans la formation de sa personnalité. Sa théorie était que sa chevelure inexistante l’avait handicapé dans son rapport aux autres, et que cela l’avait naturellement amené à se protéger d’un monde hostile.
Las de tant d’engagements tièdes et de désengagements rapides, Victor consulta un jour une sorcière spécialiste des calvities, des alopécies et des pelades. Il était persuadé que le charme d’une chevelure en bonne et due forme changerait radicalement son rapport au monde. Avec l’acceptation des autres, son introversion de dissoudrait dans une extraversion normale, dans un quotidien enfin au contact des choses, émancipé de cette indécision permanente. La sorcière lui prépara un breuvage aux herbes rustiques que Victor avala sans poser de question.
En dépit des promesses emphatiques de la sorcière, dans les jours qui suivirent aucun cheveu ne poussa sur la tête de Victor. Mais il n’eut pas le temps de se décevoir. Aussitôt une euphorie débordante s’empara de lui : Victor se sentait jeté par une impulsion irrésistible vers le monde et ses mondanités. Comme le jugement qu’il portait sur sa calvitie s’était soudain inversé, il embrassa le bouddhisme et fit de sa prêche la première de ses missions. Son enthousiasme passionné était tel que personne ne lui résistait ; des minutes lui suffisaient pour convertir le passant le plus indifférent en fervent disciple de Buddha. En quelques mois il devint redoutable pour les autres religieux de son quartier, ensuite de sa ville, enfin pour les grandes Eglises au niveau national. Un an s’était écoulé. Son succès était tel qu’il fonda une religion nouvelle qui drainait sans merci les fidèles des autres communautés. Il faisait la une des journaux, on parlait de lui à la télé, il était le sujet des papotages de café.
Un an plus tard, poussé par cet élan irrépressible qui l’incrustait au monde, Victor se porta candidat pour l’élection présidentielle. La population désenchantée de la politique politicienne succomba aux propositions novatrices de cet orateur hypnotique qui ne connaissait pas la langue de bois. L’audace de Victor allait toujours plus loin, elle méritait toujours l’acclamation de l’auditoire. Toujours la une, toujours à la télé, toujours aux cafés. Il n’y eut même pas besoin d’aller voter deux fois : Victor emporta les élections au premier tour.
Le jour avant la passation des pouvoirs, à cause de douleurs de tête insupportables, Victor est hospitalisé. Le pays s’arrête. L’incertitude s’empare des esprits, le suspens s’installe partout. La rumeur circule que Victor souffre d’une tumeur au cerveau. Le peuple veut connaître la vérité. L’entourage de Victor presse la réalisation d’une étude. Un médecin donne enfin le diagnostic :
Monsieur Victor fait l’objet au moins depuis deux ans d’une étrange maladie cérébrale dont nous ne disposons pas d’antécédent connu. Son effet au cours de cette période a été de désactiver une à une toutes les fonctions intellectuelles du patient, jusqu’à se manifester dans la forte inflammation qui a forcé son hospitalisation récente. La cause de cette dégénération neurologique progressive s’avère être l’infiltration dans l’organe cérébral d’une masse informe constituée d’un tissu non cancéreux, dont le type reste pour le moment indiscernable. Mais, si vous me permettez la figure de style, les radiographies mettent en évidence un gabarit qui ressemble beaucoup à une chevelure décoiffée.

***

per Vivien

Vittorio piaceva a tutti, a tutti tranne che a se stesso. Era un introverso. La sua vita interiore brulicava incessantemente, ma si scopriva tiepido nel rapporto col mondo. Le sue determinazioni erano velleità; i suoi progetti suggestioni che era libero di lasciar cadere – e li lasciava cadere spesso. Vittorio attribuiva questa introversione che lo distaccava dal mondo al fatto d’essere calvo dalla nascita: nessun capello era mai cresciuto sulla sua testa. Era convinto che la propria esistenza fosse condizionata da questo fatto, che rappresentava ai suoi occhi un grosso handicap nella vita sociale e, di conseguenza, nella formazione della sua personalità. La sua teoria era che la capigliatura inesistente l’avesse svantaggiato nei rapporti con gli altri, e ciò l’aveva naturalmente indotto a proteggersi da un mondo ostile.
Stanco dei tanti impegni tiepidi e dei disimpegni rapidi, un giorno Victor consultò una strega specializzata in calvizie, alopecie e pelate. Era persuaso che il fascino d’una capigliatura come si deve avrebbe cambiato radicalmente il suo rapporto col mondo. Ottenuta l’accettazione altrui, la sua introversione si sarebbe dissolta in una normale estroversione, in una quotidianità finalmente in contatto con le cose, emancipata da questa indecisione permanente. La strega gli preparò una bevanda alle erbe che Victor ingoiò senza fare domande.
A dispetto delle enfatiche promesse della strega, nei giorni seguenti nessun capello crebbe sulla testa di Victor. Ma egli non ebbe il tempo di sentirsi deluso. Immediatamente, un’euforia incontenibile s’impossessò di lui: Victor si sentiva dominato da un impulso irresistibile verso il mondo e le sue mondanità. Poiché la valutazione della sua calvizie si era d’improvviso invertita, abbracciò il buddismo e fece della preghiera la prima delle sue missioni. Il suo entusiasmo appassionato era tale che nessuno gli resisteva; qualche minuto gli era sufficiente per convertire il passante più indifferente in un fervente discepolo di Budda. Nell’arco di qualche mese, divenne una presenza temibile per gli altri religiosi del quartiere, poi della città, infine per le grandi Chiese a livello nazionale. Era trascorso un anno. Il suo successo era tale che fondò una nuova religione che assorbiva senza pietà i fedeli delle altre comunità. Compariva sulle prime pagine dei giornali, si parlava di lui alla televisione, era l’argomento preferito dei pettegolezzi dei bar.
Un anno dopo, spinto da questo slancio irresistible che lo incrostava al mondo, Victor si candidò alle elezioni presidenziali. La popolazione disincantata della politica politicante soccombette alle proposte innovatrici di questo oratore ipnotizzante che non conosceva il politichese. L’audacia di Victor si spingeva sempre più lontano, meritava sempre l’acclamazione dell’uditorio. Sempre in prima pagina, sempre in televisione, sempre nei bar. Non ci fu neppure bisogno di andare a votare due volte: Victor vinse le elezioni al primo turno.
Il giorno precedente il passaggio dei poteri, Victor viene ricoverato. Il Paese si ferma. L’incertezza s’impadronisce delle menti, la suspence si diffonde dappertutto. Circola la voce che Victor soffra d’un tumore al cervello. Il popolo vuole conoscere la verità. L’entourage  di Victor fa pressioni affinché si indaghi. Un medico pronuncia infine la diagnosi:
Il signor Victor è affetto da almeno due anni da una strana malattia cerebrale rispetto alla quale non si conoscono antecedenti. Il suo effetto nell’arco di questo periodo è stato quello di disattivare una a una tutte le funzioni intellettuali del paziente, fino a manifestarsi nella forte infiammazione che ha condotto al suo ricovero recente. La causa di questa degenerazione neurologica progressiva va ricercata nell’infiltrazione nell’organo cerebrale d’un massa informe costituita da un tessuto non tumorale, la cui tipologia resta per il momento indiscernibile. Ma, se mi permette la figura retorica, le radiografie mettono in evidenza una conformazione che assomiglia molto a una capigliatura spettinata.

Martin

La thèse éternelle

Dans le temps de l’univers, les savants et les doctrines périssent vite, mais dans la vie d’un doctorant la thèse peut devenir éternelle. Thésards au même laboratoire depuis de nombreuses années, Marcel et Sabrine passaient douze heures par jour sans exception dans la salle commune où se trouvaient leurs postes de travail. Comme si ils avaient pour mission d’assurer la présence continue au laboratoire d’un doctorant désespéré vingt-quatre heures sur vingt-quatre, Marcel arrivait à 9h du matin et restait jusqu’à 9h du soir, juste au moment où Sabrine prenait le relais pour les douze heures suivantes.
Un jour d’été, le laboratoire vidé de ses vacanciers heureux, en arrivant à 9h Marcel s’arrête face à la porte verrouillée de l’open space pour chercher sa clé. Pendant qu’il fouille dans ses poches, il voit Sabrine arriver la clé à la main. Elle porte un mug rempli de son café corsé ; on entrevoit dans son sac des fruits et un tupperware avec des pâtes à la courgette. Tiens, mais. Ah bon. Non non. Si si. Mais regarde le soleil, il est 9h du matin. Qu’est-ce que tu racontes ? Il est 9 h du soir ! Personne dans les parages ; des montres analogiques ; des ordinateurs et des mobiles loyaux aux croyances opposées de leurs maîtres.
Chacun persuadé de sa vérité, la ténacité de l’autre les fait penser que c’est une blague. Comme la ténacité a l’air sérieux, ils basculent vite dans l’hypothèse d’un accès de démence dû à la routine. Dans l’absence d’autres symptômes, ils doivent enfin reconnaître que tout est normal chez l’autre, le niveau de démence ne dépassant pas le standard d’un thésard ordinaire. Elle propose une solution. Écoute, si comme tu dis il est 9h du matin, d’ici deux heures il devrait faire jour ; par contre, si comme je dis il est 9h du soir, à 11h il devrait faire nuit. Mais t’es trop forte toi. On fait comme ça alors ? Oké.
Comme ils se sentent aussi frais qu’à 9h du matin pour lui et à 9h du soir pour elle, ils se mettent à travailler comme d’habitude, restant pourtant attentifs à l’évolution du ciel pour confirmer ce que chacun voit comme l’aberration mignonne d’un coreligionnaire stressé. Trois notes bibliographiques, deux paragraphes, sept corrections, un café. Il est 10h. Deux notes en pied de page, quatre références, trois reformulations. Et voilà qu’il commence à faire noir. Lui, dans le désarroi. Mais comment ça se fait, c’est dingue quand même. Elle, la confiance totale. Ça arrive, tu sais ? Peut-être tu bosses trop. Tu devrais prendre des vacances.
Pour mitiger le malaise de Marcel, Sabrine reprend le travail comme si de rien n’était. Mais de retour devant son ordinateur, tout en faisant semblant de s’occuper, Marcel ne peut pas s’empêcher de se demander s’il n’a pas perdu la tête, faisant attention à cacher avec l’écran un visage fortement déformé par l’angoisse. Cependant, le temps passe et le sursaut s’apaise ; la thèse redevient le centre de son attention obsessionnelle. Puisqu’il est là, il se dit qu’en fin de compte mieux vaut faire pour une fois l’horaire de Sabrine. Sensible également au conseil de sa collègue, il s’impose des vacances pour les jours qui viennent.
Appliqué à la tâche, seul le noir dehors et la lumière dedans lui rappellent de temps en temps sa confusion. Mais au bout de quelques heures, il en vient à voir l’épisode sous un angle comique. La honte devant sa collègue, certes, mais une anecdote royale pour une soirée de thésards. Pas si mal que ça après tout.
Six paragraphes, quatre notes en bas de page, deux références bibliographiques. Il est déjà 6h. Tout est normal dans cette journée nocturne avant les vacances forcées. Un paragraphe, deux références, cinq corrections. Il est 7h. Le soleil ne se lève pas. Ni à 8h. Ni à 9h.

***

Nel tempo dell’universo, i sapienti e le dottrine muoiono presto, ma nella vita di un dottorando la tesi può diventare eterna. Marcel e Sabrine, tesisti presso lo stesso centro di ricerca da diversi anni, passavano dodici ore al giorno senza eccezioni nella sala comune dove si trovavano le loro scrivanie. Come se avessero la missione di assicurare la presenza continua di un dottorando disperato 24 ore su 24. Marcel arrivava alle nove del mattino e restava fino alle nove di sera, quando Sabrine prendeva il testimone per le dodici ore successive.
Un giorno d’estate, con il centro di ricerca svuotato dai suoi vacanzieri felici, Marcel arriva alle nove e si ferma di fronte alla porta chiusa dell’open space per cercare la propria chiave. Mentre si fruga nelle tasche, vede Sabrine arrivare con la chiave in mano. Regge una tazza piena del suo caffè speziato ; nella sua borsa si intravedono dei frutti e un contenitore tupperware con un po’ di pasta alle zucchine. To’, guarda. Ah pensa. No no. Sì sì. Ma guarda il sole, sono le nove del mattino. Che dici? Sono le nove di sera!
Nessuno nei paraggi ; orologi analogici ; computer e mobili conformi alle credenze opposte dei loro padroni.
Ciascuno persuaso della propria verità, la tenacia dell’altro li convince che si tratti di uno scherzo. Ma, poiché la tenacia ha l’aria seria, i due propendono rapidamente per l’ipotesi di un attacco di demenza dovuto alla routine. In assenza d’altri sintomi, devono infine riconoscere che l’altro è perfettamente normale, visto che il livello di demenza non supera quello di un tesista qualsiasi. Sabrine propone una soluzione. Ascolta: se, come sostieni, sono le nove del mattino, entro due ore dovrebbe fare giorno; al contrario, se, come sostengo io, sono le nove di sera, alle undici dovrebbe annottare. Ma sei troppo avanti tu. Allora facciamo così? Ok.
Poiché si sentono freschi come se fossero le nove del mattino per lui e le nove di sera per lei, si mettono a lavorare come al solito, restando però attenti all’evoluzione del cielo per confermare ciò che ciascuno vede come la simpatica aberrazione di un co-legionario stressato. Tre note bibliografiche, due paragrafi, sette correzioni, un caffè. Sono le dieci. Due note a piè di pagina, quattro riferimenti, tre riformulazioni. Ed ecco che il cielo comincia a scurirsi. Lui, disperato. Ma com’è possibile, è incredibile. Lei, rassicurante. Capita, sai? Forse lavori troppo. Dovresti prenderti un po’ di vacanza.
Per attenuare il disagio di Marcel, Sabrine riprende a lavorare come se niente fosse. Ma tornato davanti al suo pc, sebbene finga di essere occupato, Marcel non può fare a meno di domandarsi se non ha per caso perso la testa, nascondendo dietro lo schermo un viso fortemente deformato dall’angoscia.
Tuttavia, il tempo passa e la tensione cala; la tesi ridiventa il centro della sua attenzione ossessiva. Visto che c’è, si dice che alla fine conviene attenersi per una volta all’orario di Sabrine. Inoltre, seguendo il consiglio della collega, s’impone delle vacanze per i giorni successivi.
Marcel è così concentrato sul suo lavoro, che solo l’oscurità fuori e la luce dentro gli ricordano di tanto in tanto la sua confusione. Ma nel giro di qualche ora, riesce a vedere l’aspetto comico dell’episodio. La vergogna di fronte alla collega, certo, ma anche un aneddoto gustoso per una serata tra dottorandi. Non male, dopo tutto.
Sei paragrafi, quattro note a piè di pagina, due riferimenti bibliografici. Sono già le sei. Tutto sembra normale in questa giornata notturna prima delle vacanze forzate. Un paragrafo, due riferimenti, cinque correzioni. Sono le sette. Il sole non sorge. Né alle otto. Né alle nove.

Martin